L'association vous informeActualitésLES ACTUALITESINTERVIEW D'ARLETTE MEYRIEUX, PRESIDENTE DE FRANCE ALZHEIMER Arlette Meyrieux quitte ses fonctions le 23
juin prochain. L'occasion de revenir sur son engagement et ses cinq années de
présidence. Que saviez-vous de la maladie
avant d'être personnellement touchée ? J'avais
retenu que Rita Hayworth était touchée par cette maladie, sans savoir quelles en étaient les
caractéristiques. Je n'avais jamais rencontré de personne atteinte d'Alzheimer
ou d'une maladie apparentée et je n'en connaissais pas les symptômes. Qu'avez-vous découvert avec la
maladie ? L'annonce
du diagnostic de maladie d'Alzheimer chez ma tante a
été une énorme surprise et le départ d'un véritable parcours du combattant. Si le
diagnostic permettait d'éclairer beaucoup des comportements de ma tante qui
semblaient bizarres dans les mois précédents, mon premier sentiment a été celui
de la panique ! Je me sentais démunie face aux difficultés qui
apparaissaient. Comment installer des aides à domicile quand on a aucune idée
des services adaptés et que l'assistante sociale rencontrée après 15 jours
d'attente ne sait pas elle-même ce qu'est la maladie d'Alzheimer ! Comment
programmer l'avenir quand aucune information sur l'évolution de la maladie ne
nous est communiquée ? Peut-on laisser notre tante vivre seule alors que
rapidement, elle montre des signes de désorientation et une grande
angoisse ? Je sais que malgré quelques progrès, de nombreuses familles
vivent aujourd'hui encore ces instants d'angoisse après l'annonce du diagnostic
chez leur proche. Comment avez-vous appris l'existence
de France Alzheimer ? C'est
ma sœur qui, après le diagnostic de notre tante, m'a dit un jour qu'elle avait
rejoint France Alzheimer comme donatrice. J'ai souhaité faire de même. Il nous
paraissait naturel de manifester ainsi notre appartenance nouvelle à la famille
Alzheimer. J'ai reçu de la documentation et j'ai appris qu'il y avait une
association à Chambéry. Je suis allée taper à sa porte, pour m'informer mais
aussi pour apporter ma contribution à la cause qui était maintenant entrée dans
ma vie. Aviez-vous un passé de
militante avant de vous engager dans cette cause ? J'ai
toujours été engagée dans la vie associative, que ce soit au sein d'associations
de parents d'élèves ou socio-culturelles. J'ai eu également un engagement
politique local. Il est vrai que la rencontre avec la maladie d'Alzheimer s'est
faite à un moment de ma vie où j'allais être plus disponible. Mon fils avait
fini ses études et j'arrivais à quelques années de ma retraite d'enseignante en
mathématiques. Vos débuts en tant que
bénévole France Alzheimer ? L'association
départementale de Chambéry assurait alors des permanences d'écoute dans un
local qu'elle partageait avec quatre autres associations. On rentrait le
téléphone dans le placard à la fin de chaque permanence. Rapidement, j'ai
partagé les tâches avec l'équipe de bénévoles locaux, me formant en lisant de
la documentation ou en participant à des stages organisés par France Alzheimer.
Ensuite, j'ai occupé le poste de trésorière, avant qu'on me demande d'assumer
la présidence. Puis j'ai rapidement été déléguée à Paris pour des réunions en
tant que représentante de Et la décision de devenir
présidente de l'Union ? Certains
élus m'y avaient invitée à plusieurs reprises. J'ai finalement accepté de me
porter candidate et j'ai été élue le 1er juin 2005. Je suis une
femme de terrain et j'étais un peu effrayée par la grande machine
administrative d'une association nationale. Je n'étais en outre pas du tout
intéressée par le prestige lié à la fonction. Quelle est la vie d'une
présidente de France Alzheimer ? Cet
engagement a bouleversé ma vie personnelle et sociale et donc celle de ma
famille. J'habite en Savoie et ma mission nationale engendre beaucoup de
déplacements. Partir le matin au train de 6 h et rentrer souvent à 22 h le soir,
être absente de chez soi plusieurs jours par semaine, y compris certains week-ends…
C'est un engagement que l'on ne peut pas prendre à moitié. C'est passionnant,
extrêmement riche mais aussi très fatigant ! Au final, je n'ai jamais
regretté car en retour, j'ai éprouvé énormément de satisfaction. Comment porte-t-on la voix de
tant de familles ? C'est
une fierté et une immense responsabilité d'être la
porte-parole des familles. Bénévole et donc sans souci de promotion ou de
réélection, j'ai pu, face au président de Avez-vous fait des rencontres
exceptionnelles en tant que présidente ? Si
des déceptions ont émaillé mon combat, dues notamment à la vanité ou à l'incompétence
de certains interlocuteurs, je garderai, avant toute chose, le souvenir de tous
ces gens extraordinaires rencontrés ces dernières années. Je veux d'abord dire
mon admiration pour l'immense engagement des bénévoles qui, jour après jour, et
parfois depuis 20 ans, s'investissent auprès des personnes malades et des
familles ou animent les séjours vacances France Alzheimer. Sans eux, France
Alzheimer n'existerait pas. Je garde aussi des souvenirs très forts de certains
malades avec qui j'ai ressenti une grande connivence et pris des leçons de vie.
De l'humour, de la gaieté souvent, une certaine philosophie, loin des clichés
systématiquement négatifs présentés trop souvent… J'ai eu l'occasion de
rencontrer les plus hauts personnages de
l'Etat : les présidents de Quels ont été vos grands
chantiers ? J'ai
l'image, je crois, d'une personne de dialogue et de consensus, et je me réjouis
d'avoir pu participer à la pacification du mouvement, à l'adoption de nouveaux
statuts et à la consolidation de l'esprit d'Union. France Alzheimer, union de
plus de 100 associations départementales réparties sur tout le territoire, se
devait de réorganiser son siège, à la fois pour mieux répondre aux nombreuses
sollicitations lui parvenant et pour assurer une gestion rigoureuse. Dans le
même temps, le réseau a été modernisé et professionnalisé, grâce à des aides
logistiques et financières et à l'adoption de nouveaux statuts. Enfin, deux
grands chantiers ont été lancés pour rationaliser nos actions : le projet
associatif et la combinaison des comtes Dans
le champ politique, pour me limiter à quelques « chantiers », je
citerai mon combat pour faire reconnaître les accueils de jours comme une
nécessité absolue de l'accompagnement du maintien à domicile des patients.
Chaque instant passé dans l'accueil de jour que je dirige bénévolement en Savoie
me conforte dans le message que je passe depuis des années : chaque canton
français devrait être pourvu de ce type de structure. Aujourd'hui,
grâce à notre implication dans l'élaboration des mesures du Plan Alzheimer, je
me réjouis de la mise en place de la formation des aidants familiaux, qui est
enfin une mesure de réel soutien à toutes les familles. Quel est le principe directeur
qui a guidé votre action ? Tout
mon combat s'articule autour de la défense de la dignité des personnes. Je reste
choquée par l'absence de respect envers les personnes malades mais aussi envers
les aidants. France Alzheimer se bat depuis 25 ans pour faire reconnaître leurs
droits. La reconnaissance de la maladie en « affection longue durée »,
en Et votre mission la plus difficile ? Certainement l'appel
aux dons. France Alzheimer finance ses actions presque exclusivement grâce à la
générosité du public. Régulièrement, en tant que présidente, j'ai donc dû m'adresser
aux donateurs (actifs ou potentiels) pour les inciter à nous soutenir. Nous
avons quelques grands donateurs mais aussi des milliers de personnes qui nous
adressent des dons plus modestes mais extrêmement importants pour France
Alzheimer. Je sais que pour certains, cela représente un effort conséquent et j'en
suis profondément émue. Quels changements avez-vous pu
constater ? France
Alzheimer a installé la maladie dans le débat public. Nous étions bien seuls,
il y a quelques années, à nous exprimer sur l'existence de ce problème
médico-social qui touchait des milliers de Français. Il y a 10 ans, pas un seul
journaliste ne s'intéressait au sujet. Aujourd'hui, on parle de la maladie, c'est
devenu un sujet de société et notre association est de plus en plus sollicitée
pour apporter son expertise. Les trois plans Alzheimer successifs témoignent de
la prise de conscience par l'Etat de la nécessité d'une prise en charge
spécifique. Une frustration ? Bien
sûr, il reste encore beaucoup à faire ! Le quotidien des familles est toujours
très lourd. Nous devons rester très vigilants pour nous assurer de la mise en
place effective de toutes les mesures du Plan Alzheimer et pour peser de toutes
nos forces dans le débat sur la prise en charge de la dépendance. Je souhaite
enfin que les aidants familiaux, qui sont dans un risque important d'épuisement
et de découragement, acceptent le soutien proposé par les associations et
trouvent du réconfort en partageant avec d'autres familles les difficultés du
quotidien. Comment mener le combat contre
une maladie pour laquelle on ne peut pas encore proposer de guérison ? De deux manières. D'abord, en oeuvrant pour
la recherche. C'est ce que fait France Alzheimer depuis 20 ans. Vaincre la
maladie, c'est l'espoir pour demain. Ensuite, en accompagnant les personnes
malades et les familles qui vivent aujourd'hui au quotidien les difficultés de
cheminement dans la maladie. France Alzheimer s'exprime depuis longtemps sur l'importance
de la mise en place des thérapies non-médicamenteuses, car en l'absence de
traitement curatif, on sait que l'on peut maintenir les capacités des personnes
malades en leur proposant un panel d'activités adaptées. Cela passe aussi par
le développement des structures de répit, des aides à domicile, de maisons de retraites
adaptées, de l'aide financière pour les familles, etc. Pour cela, il faut qu'à
tous les niveaux de l'Etat, les responsables se sentent concernés et mettent en
place des mesures concrètes. Je dirais même que ce combat est celui de tous les
Français. Documents à télécharger :
INTERVIEW ARLETTE MEYRIEUX.pdf
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